Chaque année, entre juillet et octobre, la saison des pluies inonde la ville de Dakar. Ses habitants dénoncent l’inaction des dirigeants, en particulier dans les quartiers qui n’ont pas profité du plan de lutte contre les inondations, lancé par le président Macky Sall en 2012.

Les dégâts causés par la forte pluie qui a duré presque toute la matinée à Dakar, continuent de prendre de l’ampleur. À part les inondations de certains quartiers et maisons, une bonne partie de l’autoroute, à hauteur de la Patte d’Oie s’est affaissée. Actuellement la zone est barricadée et sécurisée, pour éviter toute circulation sur l’axe.

Les experts interrogés par l’AFP incriminent surtout l’absence ou l’insuffisance du réseau d’assainissement, la construction de logements en zone inondable, sur des sols argileux et dans des cuvettes, la proximité de la nappe phréatique, la mauvaise gouvernance à l’échelle nationale et municipale…

« Rétablir le cycle de l’eau »

“Il y a un paradoxe très inquiétant : les pluies ont diminué ces dernières années. Donc de moins en moins de pluies font de plus en plus de dégâts !”, explique Cheikh Guèye, géographe et chercheur à Enda Tiers-Monde. “Et les prévisionnistes nous annoncent de fortes pluies en septembre…”. Le président Macky Sall avait pourtant lancé à son arrivée au pouvoir en 2012 un plan décennal de lutte contre les inondations, d’un budget de plus de 750 milliards de FCFA (1,14 milliard d’euros). Des stations de pompage et des canaux de drainage ont bien été installés dans certains quartiers de Dakar, mais de nombreux autres s’estiment délaissés.

Les autorités ont déclenché samedi le plan Orsec, un plan d’urgence qui permet de mobiliser des moyens financiers et matériels accrus en situation de sinistre. “Chaque année, on ne cherche qu’à soulager les populations et à les sortir de l’eau. Il manque une mise en cohérence des différentes actions – construction de remblais, de canalisations, pompage, relogement – dans le cadre d’une stratégie globale”, regrette Pape Goumbo Lo, géologue.

“Il faut rétablir le cycle de l’eau : connaître la nature du sol, la position des nappes, le ruissellement… La construction de logements doit tenir compte de la nature des sols”, poursuit-il. Une nécessité complexe, dans une ville à la très forte croissance démographique, qui abrite plus de 3,7 millions d’habitants, soit près du quart de la population sénégalaise, et où il manque 150.000 logements selon les autorités.